French (Fr)English (United Kingdom)
Entretien avec Marcelo Garcia - Opera Dulcineia
Écrit par Stephane    Mercredi, 28 Juillet 2010 15:00    Imprimer Envoyer

Mohlo Opera

On a coutume de rencontrer les motion graphics dans la publicité, les clips, les génériques de film et le web en oubliant trop souvent les installations et les performances artistiques. Le dernier projet du studio Molho dirigé par Marcelo Altino Garcia est à mi-chemin entre ces deux derniers concepts. Le studio vient de produire et réaliser le décor de l'opéra multimédia brésilien « Dulcineia & Trancoso », un projet des plus originaux, non seulement du fait de la nature du dispositif mais aussi du gigantisme de l'entreprise.

50 minutes d'animation épiques ont ainsi été produites sur la base du Movimento Armorial, un mouvement culturel né dans les années 70 qui fait référence aux récits médiévaux, à des personnages mythiques, à des chansons populaires et à des animaux mystérieux. La première de la pièce s'est déroulé dans la ville de Recife avant de partir en tournée dans tout le pays.

L'action de l'opéra se déroule dans un royaume ravagé par une malédiction. La prophétie locale dit que si les deux « pierres du royaume » sont détruites, la ville sera de nouveau prospère. Une histoire empreinte d'un amour impossible, sur fond de batailles entre humains et machines, de lutte du bien contre le mal. La première a été portée par une équipe de 30 danseurs et acteurs, un chœur et un orchestre symphonique. Le projet a été réalisé par une toute petite équipe constituée seulement de trois personnes dirigées par Marcelo Garcia.

 

Mohlo  Opera

- Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué sur ce projet ? Qu'est-ce qui vous a attiré dans celui-ci ?

Ca fait longtemps que je travaille avec ce client. Jusqu'à présent, il s'agissait de spots et de travaux print pour des festivals. Quand il a été question d'un opéra, j'ai aussitôt été emballé. J'ai alors fait tout mon possible pour me retrouver impliquer dès le départ. Pour quelqu'un non spécialisé dans la scénographie comme moi, la perspective de cette association entre narration typiquement traditionnelle et musique orchestrale avait quelque chose de rafraichissant, d'un tant soit peu original.
Je n'aime pas particulièrement l'opéra mais j'ai grandi dans une famille de musiciens - je le suis moi-même - dormant toujours dans les sièges du théâtre en attendant que mes parents finissent leurs répétitions. Et à la maison, la pratique de mes frères a toujours envahi toutes les chambres. Depuis "Virtuosi", j'ai songé à un projet orchestral en travaillant directement avec mon compositeur Pedro Dias: une sorte d'installation avec des effets visuels projetés, des objets tactiles et un orchestre jouant en direct. Je l'ai appelé «Concerto pour orchestre et 11 projecteurs". Mais ca n'a jamais abouti à cause de mes autres travaux durant ces deux dernières années. L'opéra semblait donc être un bon terrain de jeux pour expérimenter des idées et voir ce qui fonctionnait ou pas.

Main  Set

- La richesse des styles et des formes ont un aspect typiquement brésilien. Quelles étaient vos sources d'inspiration ?

Au début, j'ai pensé concevoir le décor en dur et à quelque chose de très géométrique et d'abstrait. Mais je n'avais alors aucune idée de la nature de cette commande. Finalement, le budget ne m'a pas permis d'aller bien loin si ce n'est les animations. Quand j'ai reçu la première version du script, elle contenait aussi des indications très précises concernant les paramètres et les références visuelles. J'ai passé au crible chaque détail afin de me laisser la plus grande marge de manoeuvre possible pour réaliser quelque chose de personnel. Mais ce devait être le premier opéra « armorial » du Brésil. Ce mouvement a pris son essor dans les années 70 et renvoie à l'époque médiévale, aux armoiries, aux légendes, à des chansons populaires et à des animaux mystérieux. Certains de ces éléments ont donc assuré l'unité de la pièce même si je me suis efforcé de ne pas les citer littéralement afin qu'elle puisse acquérir sa propre forme. La plupart du temps, le script situe l'opéra dans un cirque, parfois érigé dans les profondeurs des ténèbres et sur un ton prophétique. D'autres fois, il est situé au milieu de cathédrales, de batailles, de visions et de rêves dans les rêves. Mes références étaient les films de cirque des années 50 et des films tels que La Chute du Faucon Noir (Ridley Scott, 2001), le théâtre d'ombres ainsi que les broderies et les tapisseries issues de ce mouvement.

Excavator

- La nature du dispositif est originale. Comment se déroule la création dans ces conditions ?

Après avoir terminé toutes les animations, nous avons effectué la première répétition générale. En visionnant l'ensemble avec les chanteurs, les danseurs, les projections, les transitions et l'orchestre, j'ai été emballé car j'ai clairement vu ce qui faisait défaut en utilisant le script et la musique séparément. Quelques réglages de contraste, d'ambiance et de dynamiques, entre autres choses. Je n'ai pas dormi durant une semaine entière, trop occupé à essayer des réglages jour après jour.

- Le timing est un élément crucial dans ce type de projet. Comment êtes-vous parvenu à trouver l'équilibre entre l'animation et sa perception par le public ?

Je crois que l'aspect le plus stimulant dans un projet long comme celui-ci est d'arriver à une vision globale et de parvenir à équilibrer quand les réglages deviennent un acteur à part entière et quand ils sont en retrait. Et quoi qu'il arrive, ne jamais interférer dans le jeu mais au contraire l'améliorer. Un peu comme les animations réalisées pour un spot en prises de vues réelles ou qui viennent renforcer des animations de personnages – parfois, elles prennent l'ascendant, d'autres fois elles restent en retrait.

Shadow Theater

- Combien de temps ont duré la production et la post-production ?

Environ un mois et demi. J'ai d'abord reçu le script sans musique puis progressivement des mp3 incroyables par email.

- Quelle a été la partie la plus difficile à réaliser dans un projet aussi long ?

Il y a trop de défis dans un projet au délai aussi court et sans budget. Le plus dur est d'arriver à transformer tout cela en quelque chose qui vous donne envie de vous y plonger durant ces quelques jours.

Tank

- Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours et à venir ?

Ces derniers mois, j'ai travaillé pour MTV et quelques pitches d'agences. Je travaille depuis quelques années sur 3 courts-métrages en prises de vues réelles et j'espère en produire au moins un cette année. Je vais aussi exposer à São Paulo au mois d'août. Enfin je suis sur le point de terminer « Moon Trills », un film d'animation de 5 minutes.

Crédits:
Direction, design, and animation - Marcelo Garcia
Projections - Marcel Albert
Additional animation - Marina Quintanilha
Production - Molho
Sound effects - Pedro Dias at Vitrola Creative Audio
Montage audio - existing music by Stephen Sondheim

Opera credits:
Music - Eli-Eri Moura
Text - W. J. Solha
Direction - Luiz Carlos Vasconcelos
Choreography - Maria Paula Costa Rêgo


Add this to your website
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir